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"Le Beau n'est rien que le commencement du Terrible"

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Dim 18 Déc - 18:27
Le soleil n'était pas encore bien haut dans le ciel que déjà il promettait d'illuminer la ville de ses rayons dorés et même si le fond de l'air était encore frais à cette heure très matinale, l'été était là dans toute sa splendeur, de jour comme de nuit.

Sur un parking de la zone industrielle, derrière un pub qui avait dû fermer ses portes depuis peu puisqu'on pouvait apercevoir le serveur passer un coup de balai, un étrange camping-car fait de bric et de broc, apparemment vide, était garé un peu de travers, entre deux arbres au feuillage épanoui.
A l'intérieur pourtant, une forme invisible se réveillait.

Malou avait du mal à ouvrir les yeux. Ce sommeil sans rêve ne l'avait pas reposée et la sensation d'avoir eu le cerveau compressé au point de n'être plus qu'une bouillie de plomb, pesait lourd dans la boîte crânienne et enserrait ses tempes comme un étau.
Paresseusement elle bailla, s'étira et daigna entrouvrir les cils avant de sursauter.
Elle s'attendait à...
A présent droite comme un i sur le siège conducteur, elle inspecta les alentours et son regard se figea sur le bar de nuit puis sur l'homme qui verrouillait la porte avant de se diriger vers sa voiture d'un pas fatigué.
C'est à peine s'il jeta un oeil sur l'engin des plus surprenant. Il démarra, prit la route et disparut derrière les bâtisses.
A quoi s'attendait-elle ?
Elle haussa les épaules.
L'esprit en coton, elle accusait le coup et tentait de se concentrer afin de rassembler ses idées brumeuses.

Voulant passer la main sur son front elle s'aperçut qu'elle n'avait pas de corps mais loin de la perturber, une information s'imposa à elle comme une évidence:
« je suis un ange dans un monde d'humains; j'habite ici et j'ai une mission à accomplir...».
Se concentrant tout naturellement sur l'image corporelle que sa mémoire lui renvoyait en miroir, elle n'eut aucune difficulté à matérialiser la silhouette chétive qui la caractérisait.

Petite et maigre, elle ressemblait plus à une adolescente qu'à une jeune fille de 18 ans.
Vêtue d'un jean douteux, de vieilles baskets, d'un tee-shirt délavé et tâché elle passait davantage pour une squatteuse que pour un chérubin.
Qu'importe, elle avait des ailes et savait d'instinct qu'il fallait les cacher.
Se tournant à demi, elle attrapa son blouson de cuir noir sans âge, jeté négligemment sur le repose-tête et l'enfila.

Jetant un oeil dans l'habitacle, elle semblait soucieuse.
Ouvrant à la volée les petits placards, elle eut la surprise de découvrir qu'à part de la vaisselle, il n'y avait rien.
Pas une boîte de conserve, pas un sac, pas un objet personnel.
Pas même une vulgaire chaussette sale traînant dans un coin ni même de simples sous-vêtements.
Putaiiin... Laissa t-elle traîner tout à coup, c'est quoi ce délire ? Je ne me rappelle plus de rien !
Rageuse elle ouvrit la boîte à gant, s'empara de ce qui devait être son porte-feuille, en sortit une carte d'identité, une carte bancaire et un permis de conduire flambant neuf, le tout à son nom.
Dans les compartiments prévu à cet effet il y avait quelques billets et des pièces de monnaie.
Aucun mot manuscrit donnant une quelconque indication, aucune adresse, pas même un ticket de magasin.
Se penchant à nouveau vers le vide poche, elle aperçut un petit calendrier de l'année en cours et eut un flash: les cases des jours étaient noircies de sa petite écriture en pattes de mouche sur plusieurs mois.
Attrapant l'objet fébrilement, à l'affut de la moindre information concernant sa vie, elle constata avec effarement qu'il était vierge.
En plus j'ai la berlue ! S'exclama t-elle. Merde ! Chier !
Interdite, elle se rassit et se mit à réfléchir:
«J'habite où ?... Là dedans ?... ok, pourquoi pas... ».
Etonnamment cela ne la surprit pas plus que cela d'habiter dans un van; au contraire, elle s'y sentait à l'aise mais ce qui la chiffonnait c'est qu'elle n'avait plus de souvenirs, pas même de sa famille.
« Et mes parents, ils habitent où ? J'arrive même pas à imaginer leur visage ! Des frères ? Des soeurs ? Des copines...? »
Putaiiin !!! lâcha t-elle encore en tapant du poing sur le volant, il m'est arrivé quoi là ?

Furieuse elle descendit de son camion en claquant la porte nerveusement et découvrit l'allure de son véhicule.
Mais c'est quoi ce tas de ferraille de mes fesses ?!!! s'écria t-elle rouge de colère, c'est à moi cette tôle merdique ? j'ai vraiment pas de bol ! Génial pour passer inaperçu...!!!
Ne décolérant pas, elle envoya un coup de latte vengeur dans le pare-choc avant en maugréant:
on dirait un chalet de montagne sur roues, j'ai vraiment l'air conne moi avec ça !

Complètement déboussolée, elle se cala contre le moteur. Que devait-elle faire ? Aller à l'hôpital ?
Ce n'était pas une mauvaise une idée mais pour l'instant elle avait envie de pleurer. Une angoisse indescriptible la prenait à la gorge.

Ses ailes d'anges dépassaient de son blouson. Instinctivement elle remonta son pantalon, tenta de coinçer les plumes à l'intérieur et resta là immobile, hagarde, les larmes aux bords des yeux.
« J'ai un amoureux quelque part ici qui m'attend peut-être et je dois le retrouver... C'est tout ce qui reste dans ma putain de mémoire... » songea t-elle avant d'écraser une larme qui glissait sur sa joue.

Yeux rivés sur le macadam, elle n'avait pas vu que quelqu'un, à peine planqué derrière un arbre un peu plus loin l'examinait depuis un bon moment déjà.
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Dim 18 Déc - 19:28

Le monstre de foire hantait une allée parsemée de détritus. Que ce soit humain ou bien domestiques, les rebuts jonchaient le sol. Une odeur de crasse, de putréfaction, d’urine et de vomi agressait l’odorat de la lie de l’humanité. L’ange déchu avait mal. Son cœur si immense et rempli de candeur et de bonté venait de recevoir une nouvelle zébrure sanglante. Deux nouvelles plaies ornaient son corps de cauchemar, ce réceptacle si puissant, mais hideux pour tous. L’ancien mineur avait essayé de soulager la souffrance de sa raison de vivre, de sa lueur divine qui l’accompagnait depuis le décès de Rosalie. Cette flamme d’humanité et de rédemption qui vacillait encore une fois à cause des doigts squelettiques de la Faucheuse. Elle avait failli mourir. Les machines de l’hôpital s’étaient alarmées, lançant leurs cris stridents pour avertir le personnel médical. Mais le colosse scarifié de toutes parts s’était dressé contre la mort glaciale et rampante. Il avait jeté toute son âme lumineuse, son cœur et son corps pour chasser le serviteur de la malemort. Un combat épique, que personne à part les êtres intangibles, ne put certifier qu’il s’était réellement déroulé. La main glacée et impitoyable de la Faucheuse, servant fidèle de la Mort, avait plongé pour écraser le cœur du demi-ange et trancher le filin argenté de son âme qui la maintenait à son corps mourant. Courageusement, ou suicidairement en fait, le colosse couvert de scarification s’était interposé. Un combat de volonté et de résilience s’était déroulé durant un battement de cœur, un clignement de paupière. Un battement d’ailes de papillon dans le chaos ambiant qu’était devenue la vie de souffrance de l’être immonde et déchu. Le crâne rieur avait poussé alors un cri de dépit, de rage. Vaincu l’être translucide s’était dissipé en laissant le géant tomber à genou près du lit des souffrances de l’être qui comptait le plus dans son existence. Le monstre de foire avait réussi, l’esprit lent de la chose n’en savait aucunement, à maintenir un souffle de vie dans le petit corps de l’être le plus important à ses yeux. Il y avait un contrecoup, mais il n’en avait cure. Robert avait réussi à se relever, véritable exploit pour cet être doté d’une constituions phénoménale et d’une résilience surnaturelle. D’un pas trainant, gauche et chaloupant, il avait réussi à s’enfermer dans les toilettes pendant que les docteurs et infirmières accomplissaient leurs devoirs presque sacrés. L’ange déchu avait connu le baiser glacial et répugnant de la mort et il a fallu presque une journée pour réussir à chasser la couleur de cendre de sa peau et les valises noirâtres sous ses yeux presque éteints par l’expérience.

Vers les trois heures du matin, une petite main secoua la montagne de muscle disproportionné assoupi au pied du lit de la fillette. Il dormant en chien de fusil à même le sol, être immonde, mais d’une fidélité à toute épreuve. Ouvrant ses yeux bleutés, l’ange déchu reconnut la silhouette gracile et les traits sublimes d’une lycan en uniforme de médecin. Le sosie du monstre de Frankenstein s’était fait sermonner par la spécialiste de la santé pour aller prendre du repos chez lui, de lui laisser la garde de la petite mourante. Plongeant son regard océanique si pur dans l’azur des yeux de la femme, l’être divin avait farfouillé dans son âme. La jeune femme était foncièrement bonne. Rassuré de ne déceler aucune trace de corruption ni d’aura noirâtre démoniaque, Robert avait trainé sa carcasse immonde à l’extérieur, laissant son corps de cauchemar se noyer dans la noirceur rassurante de la nuit. Laissant le hasard de ses pieds le guider au hasard des étoiles et de la destinée, le golem de chair se rendit tout près d’un quartier industriel. Laissant sa candeur et son instinct de martyr agir par lui-même, il avait soigné un ivrogne endormi. Le vagabond avait une pestilence à une plaie sur son bras dénudé. La pauvre âme tremblait de froid et de fièvre. Un halo de lumière divine, qu’aucun être vivant n’avait remarqué, annonça la fin des souffrances du malheureux. Déposant son manteau de laine de marin sur l’homme recoquillé, le vêtement était si grand que s’était presque une couverture, le colosse s’éloignant à vacillant sur ses jambes. Le sang coulait de son bras maintenant infecté. La fièvre fut vite combattue par l’organisme prodigieux. Mais la souffrance dans le corps de l’être déchu sera présente pour un temps du moins.

De nouveau ses pas se l’emmenèrent vers quelques arbres. Des éléments de vie dans ce monde de béton et d’horreur construisent par des hommes ne voulant qu’asservir la nature. La modeler pour leurs propres envies égoïstes. Mais au milieu de cet univers d’individualiste et de perdition se dressait un véhicule qui attira la curiosité de la lie de l’humanité. Un ancien autobus scolaire dont des mains malhabiles, mais talentueuses et inspirées avait converti en un lieu de vie. N'importe quels articles de la vie courante semblaient avoir trouvé une seconde vie par l’occupant du dit véhicule. Sans le savoir la cause, surement pour préserver les gens présents de sa laideur et de son apparence de monstre de foire, le Goliath des temps moderne s’accroupit près des arbustes. Piètre camouflage pour un être de sa corpulence excessive. La porte s’ouvrit et le golem de chair retient alors son souffle, estomaqué par la pureté de l’être qui venait d’en émerger. Une radieuse et une luminosité qu’il n’avait pu qu’apprécier que très rarement depuis sa chute du paradis. Le réceptacle était commun, harmonieux, mais maigre à souhait. Mais la beauté qui jaillissait des yeux d’azurs de la femme ressemblait aux souvenirs de Robert lors de son ascension près de Dieu le père. La couleur du ciel, d’une magnificence céleste. Le géant au cœur couvert de cicatrices sanglantes fit alors quelques pas pour s’éloigner lorsque l’être de lumière avait tourné le coin de son véhicule bizarroïde. Il ne pouvait plus s’approcher de pareille perfection, de cette grâce divine qui avait perdu presque en totalité. Les épaules basses, le cœur meurtri une nouvelle fois, Robert retourna vers l’hôpital pour monter sa garde silencieuse. Comme le ferait une gargouille affreuse et à peine sculptée juchée sur le toit d’une église. La copie conforme de ce réceptacle répugnant qu’il avait forgé à son arrivée dans ce monde de souffrance et de ténèbres.

Mais des cris au loin le firent ralentir son pas. Des mots durs, méprisants, furent alors éructés avec malveillances. Le cœur charitable de l’homme qui ressemblait à une gargouille à peine sculptée le fit s’avancer rapidement malgré sa faiblesse passagère. Un duo d’hommes encerclait la jeune femme rachitique qui avait débarqué de l’autobus scolaire assemblé de bric et de broc. Une scène trop souvent jouée par les êtres immondes et sans scrupules de ce monde de plus en plus chaotique. Robert ne pouvait pas s’en aller comme n’importe qui. Il devait agir. Il fut autrefois un guerrier céleste et la hargne qui l’avait habité autrefois fit surface. Il sortit a lors de l’ombre bienfaitrice de la ruelle pour se retrouver dans une ruelle plus grande, bien éclairer. Son horrible faciès n’était qu’une résolution de marbre. Ses yeux si paisibles brulaient de la fureur latente d’un incendie de rage. Pointant les individus qui ne l’avaient pas vu arriver de son index ayant la circonférence d’une saucisse tel un juge qui condamnait un criminel sans remords, Robert respira bruyamment comme un Minotaure. La voix du colosse couvert de cicatrice claqua comme un coup de tonnerre dans un ciel d’été. Le ton rocailleux, intimidant grinçait comme deux pierres qui s’entrechoquent.

Robert- Vous n’avez pas honte de dire des choses si mauvaises? De harceler une âme pure de la sorte?

Le géant habillé comme un cheminot des années 40 était à cet instant comme un guerrier fier d’un âge antique, laissant le ruisseau cramoisi couler librement de la plaie à son bras gauche. Montagne de muscles disproportionnés et colosse à l’air intransigeant. Véritable golem de chair insensible à la douleur…
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Lun 19 Déc - 11:02
Malou lâcha un profond soupir et se ressaisit.
Levant les yeux sur ce qui l'entourait elle avait l'étrange sentiment de connaître vaguement le lieu sans véritablement s'en souvenir.
Le fait que des usines soient réhabilités en logements branchés, bars, petits commerces ou restaurants ne la choquait pas pourtant elle ne reconnaissait rien; elle n'avait plus aucun repère au point qu'elle aurait été bien en mal d'aller dans une simple boulangerie pour s'acheter un gâteau malgré son ventre criant famine, ce qui était rare.
Plus rare encore était qu'elle fantasmait littéralement sur ce genre de friandise comme si elle en avait été privée pendant longtemps; mais quelle rue prendre ? Elle n'en avait aucune idée.

Malgré son découragement elle se décolla de l'avant du camping-car; il fallait agir ! Elle n'allait pas rester sur ce parking indéfiniment; elle n'était pas plus bête qu'une autre, elle la trouverait bien la petite échoppe fleurant bon le kanelbulle ou les cinnamon buns !
Et puis après elle irait à l'hôpital...
Elle demanderait s'ils n'avaient pas un dossier à son nom. Peut-être avait-elle eu un accident ? Peut-être avait-elle fait une mauvaise chute ?

Elle s'apprêtait à rouvrir la portière quand elle vit surgir deux gus complètement bourrés éructant vers elle des propos n'allant pas plus loin que le bas de la ceinture, l'un ricanant stupidement en essuyant sa morve d'un revers de manche, l'autre, yeux mi-clos, l'air agressif, tout prêt d'imaginer qu'il serait encore capable malgré la murge qu'il se payait d'allier le geste puis l'action à la parole.

Pour le premier elle en ferait son affaire, elle n'était pas née de la dernière pluie !
Mûe par un instinct mystérieux elle porta la main derrière ses omoplates mais ne frôla que la naissance de ses ailes tandis qu'un flash fugace lui envoyait l'image d'un rouleau à pâtisserie.
Interloquée, ne prenant pas même le temps de se poser des questions sur cette vision des plus absurdes en pareille circonstance, elle se mit à paniquer: il lui fallait une arme, quelque chose, n'importe quoi, un bâton, une batte de baseball, un...
C'est alors qu'elle le vit.
Ce corps...

Suspendue entre le hurlement de terreur et le silence précédent le malaise cardiaque, elle resta paralysée d'effroi, yeux rivés sur la masse gigantesque, énorme et tout en muscle du troisième agresseur qui avait surgit comme un diable de sa boîte d'entre les arbres.
Voyant sa dernière heure arriver, elle n'osa même pas lever les yeux vers le visage - certainement déformé par la haine ou par le vice - du mastodonte qui fonçait sur elle dans l'intention de la broyer entre ses mains de fer, de la réduire en chair à pâté ou pire encore.
Pour couronner le tout, un autre flash flou, instantané mais insidieux et pervers s'imposa dans son esprit comme une alerte: une hache tachée de sang tombait au sol.
Pour sûr, c'était un avertissement divin, l'homme devait être Lucifer en personne ou autre sbire de la même lignée !

Sa raison ébranlée lui soufflait de s'envoler sur une branche d'arbre tel un oiseau de paradis ou mieux, au bord d'un toit afin de se transformer en gargouille de pierre mais elle avait eu la mauvaise idée d'enfiler son blouson par-dessus le plumage virginal, l'ôter aurait pris trop de temps, elle serait pulvérisée avant.

Comme elle avait le coeur bien accroché elle ne tomba pas dans les pommes; c'est la première option qui retentit aux oreilles des trois comparses, telle une sirène avoisinant le contre fa de la clé de sol et qui monta jusqu'au ciel prêt à crever le moindre nuage qui passerait par là.
C'est à ce moment que l'Ogre la pointa du doigt comme pour bien signifier qu'il lui ferait sa fête malgré le cri strident et quel doigt...!
Malou pressentit que l'être diabolique aurait la force d'écrabouiller sa petite cervelle entre le pouce et l'index s'il le désirait avec des machins pareils. Alors elle se liquéfia, du moins le pensait-elle tant elle aurait aimé n'être plus qu'une minuscule flaque d'eau ou d'huile de bagnole sur le macadam noirâtre de ce parking maudit.
Elle allait prendre son élan pour fuir quand, subitement, elle devint invisible.
« Pourquoi n'y ai-je pas pensé plus tôt ?! » songea t-elle furieuse d'avoir perdu son sang froid.

Protégée par cet atout naturel lié à son état d'ange, elle se cala de telle manière qu'elle pouvait enfin observer les trois individus et la scène qui se déroulait sous ses yeux et ce qu'elle vit la frappa d'enchantement.
L'homme qu'elle avait prit pour Satan était en fait d'une Beauté à couper le souffle.
Malgré un regard mauvais à l'encontre des ivrognes, le bleu de ses yeux reflétait la pureté et la bonté la plus absolue, son visage, taillé par une serpe divine respirait la force et la douceur mêlées et du corps tout entier émanait une puissance virile, une chaleur protectrice à en désirer s'y blottir pour l'Eternité.
Enfin, les nombreuses cicatrices visibles et la plaie de son bras reflétait davantage une âme pleine d'abnégation sacrificielle plutôt que sanguinaire.
Bluffée, sous le charme, elle le contemplait béate tandis qu'il la défendait, elle, le tout petit angelot aussi plat qu'une planche à pain et pas plus haut que trois pommes !

Hésitante, elle n'avait qu'une envie: se matérialiser à nouveau et courir se lover dans ces bras en guise de reconnaissance ou de remerciement mais deux choses l'en empêchaient:
les deux abrutis avinés étaient encore là et, plus grave, sa mission.
Elle n'avait pas droit à l'erreur sous peine d'être déchue et misérable, elle le savait. Or, cet Homme, ce Héros, ce Dieu n'avait rien de l'Amoureux potentiel tel qu'elle se l'imaginait pour l'unique raison: il était trop vieux.
Qu'auraient dit ses parents si elle leur avait présenté un amant du double de son âge ou plus ?
Elle entendait déjà les sermons de sa famille, les moqueries de ses copines... Non, l'homme de sa vie ne pouvait qu'avoir la vingtaine, étudiant ou travailleur manuel, gentillet, pas moche, poli, gracile, bref banal.
Tout sauf cet être d'exception qui volait à son secours.
Elle en ressentit une déception sans borne et une peine indéfinissable, comme si on lui arrachait le coeur.

Toujours invisible, elle assistait à l'affrontement des belligérants avec le Terrible sentiment d'un coup de foudre annonciateur d'un amour impossible.
Effondrée, son âme se brisa comme du cristal.
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Mar 20 Déc - 8:13
Les pas du duo résonnèrent sur le bitume. Les yeux de l’ange déchu, habitué à la nyctalopie de la pénombre de la ruelle, furent éblouis quelques instants. Alors le regard azur de l'ange, si semblable à celui du monstre, se croisèrent. Sans le savoir, la jeune femme rachitique avait hypnotisé l'homme déformé. Il ne comprenait aucunement les sentiments qui l’envahir, mais la créature immonde ne voulait plus quitter la merveilleuse apparition du regard. Mais les traits sculpté par des mains céleste était déformé par la frayeur, la terreur la plus élémentaire Et comme un malheur n’arrive jamais seul, une grosse voix bourru et arrogante.

Homme- Putain Tom, regarde-moi ce type !

Tom- Amazing. Le sosie de Frankenstein.

Sachant pertinemment de qui les hommes discutaient, le cœur du monstre de serra d’une douce fureur. Il ne voulait pas se battre encore. Encore plus important, le mineur ne voulait pas que la rage le submerge devant l’être de lumière. Car c’est ce qu’elle était pour l’ange déchu. Une divine apparition céleste qui venait de croiser la route d’un déchu à l’apparence cauchemardesque. Bobby pouvait sentir la détresse et la peur prendre d’assaut le magnifique visage de la jeune blonde. De la frayeur à l’état pur corrompait la pureté du regard de la divine apparition. À ce moment la rage commença à se former dans les tripes de la créature monstrueuse. Un calme olympien se déposa alors sur les épaules du mineur. Une petite part de son subconscient hurlait de s’enfuir, mais l’être primale emprisonner au tréfonds de l’âme du colosse ricana. En désespoir de cause, la main massive du géant se referma pour former un poing de la taille d’un boulet de canon organique. Les deux hommes dépassèrent la jeune femme et s’interposa sur la route du colosse sanctifié. Voulant dire à l’ange de s’enfuir, le phénomène de foire eut la surprise de sa vie. La frêle dame disparu alors complètement de son champ de vision. L’ange venait d’utiliser surement un artifice, un pouvoir d’illusion des plus puissant. Totalement sous le choc, le colosse resta les bras ballant. La mâchoire du mineur ne put résister à la gravité et sa bouche s’ouvrit alors totalement.

Tom- Elle est où la pute?

Sûr de leurs emprises et d’avoir la supériorité avec leurs armes, les voyous rigolèrent dans leurs barbes. En effet un venait de sortir un poing américain de son blouson défraichit et le second avait saisit une lette de bois près d’un conteneur à déchet.

Homme- Naaan ça va pas être possible ça... Tu as vu ou elle a fichu le camp Godzilla ?

L’être cauchemardesque était en plein bataille intérieur, revivant les tourments qu’il avait subis tout au long de sa vie autant céleste que mortel. La rage continua de consumer la volonté de Robert, tel un incendie de forêt. La seule raison que le mastodonte n’avait pas encore laissé le dominion de son corps à l’esprit de vengeance qui coexistait dans son âme, ce fut de préserver l’être de lumière. L’ancien guerrier céleste pouvait aisément anéantir ces deux êtres de chair et de sang. Mais le martyr désirait une existence paisible et simple. Mais il voulait laisser un chance de rédemption aux ivrognes.

Robert- Sais pas… Euh… Partez je veux pas vous faire mal

L'homme au sourire de chacal et à l’haleine fétide de lendemain de veille cracha alors vers la monstruosité une poignée de mots.

Tom- Tu es un con? On va te casser la gueule et trouver la pute. Ensuite on va s’amuser!

Les yeux du paisible mineur s'écarquillèrent de stupeur et de rage. Le fier à bras avait osé traiter la gracile blonde d’un mot à connotation mauvaise, impie. Le point de non-retour de la rage de l’homme déformé était près d’être atteint. Le regard bleuté, autrefois si pur et sans malice, brillaient maintenant d’un sombre avertissement. Les malabars, trop occupé à rire de la gueule immonde, ne prirent guère garde à la paisible créature. Un de ces soi-disant prédateurs tendit alors la main pour repousser l’erreur de la nature.

Homme- Bon, toi la chose, tu vas connaître la véritable souffrance.

Repoussant avec méchanceté de l’être à la carapace immonde, les voyous firent la première erreur de la rencontre. La seconde fut lorsque que le chef du duo s’approcha tel un loup de l’ange pétrifié. Une voix pleine de sous-entendu visqueux roula sur la langue fourche de l’ivrogne puant.

Tom- Quant à la blondasse...Elle va gémir comme tout.

À cet instant précis Rober bascula vers le monstre qui sommeille en chaque individu. Mugissant tel un minotaure fonça directement sur un matador, la bête lança sa main ouverte vers le cou de Tom. Les doigts de sa main immense et rugueuse se transformèrent en serre. Agrippant le cou de l’être qui voulait martyriser une ange de pureté. Tirant violemment vers l’arrière, comme si l’homme obèse n’était qu’un enfant, le monstre de foire ramena l’ivrogne à lui. Le regard océanique de l’homme fut accusateur, intraitable. Tom en fut estomaquer et il voulut user de son poing américain sur le faciès monstrueux de Robert. Sans laisser le temps de finir le mouvement, le mineur ferma son poing à s’en faire blanchir les jointures. Tel un boulet de canon organique, le poing vengeur percuta l’estomac de Tom. Celui-ci essaya de se plier en deux, mais le colosse tenait toujours l’homme par la peau du cou. Remontant subitement son coude, Robert fragilisa la mâchoire du malabar. Celui-ci roula des yeux et essaya de faire un jam de panique de sa main non armé. Encaissant sans broncher le coup mal placé, le géant lâcha le pathétique agresseur. Celui-ci tomba alors à genoux et leva la tête vers le mastodonte. Robert descendit un direct dévastateur sur la mâchoire patibulaire de l’homme, la cassa. Une gerbe de sang, de dents et de morve fit un arc à la sortie des lèvres de l’être vaincu. La brute tomba face contre terre, sonné pour le compte.

Se redressant, un coup de latte accueillit le colosse dans la base de son dos. Le coup fut amoindri par la masse de muscle compact de l’erreur de la nature. Et le reste du coup dissiper par la rage et l’adrénaline qui courait dans les veines de l’être déformé. Bobby porta son attention vers le deuxième lascar. Heureusement que l’ange invisible ne put voir le visage du mastodonte à cet instant. Les traits atypiques du faciès monstrueux étaient décomposés par la fureur. Une rage scintillait dans les yeux de l’homme à la musculation impressionnante. Un maelstrom de de férocité et d’hydrophobie d’une telle intensité cuvaient dans l’âme du géant. Tellement puissantes que les effroyables tsunamis paraissant pour une simple tempête tropicale en comparaison. L’ivrogne au morceau de bois arma son coup, mais Bobby lança une main et stoppa net l’élan du costaud. L’agresseur avait la posture typique d’un cogneur de balle molle. Les jambes bien écartées. Il n’en valu pas plus pour que le genou du mineur soit tracter vers le haut. La largeur du genou, comparable au couvercle d’une marmite, ne laissa aucune chance à la zone sensible de l’homme. Celui-ci hurla d’une voix haut perché, vomit un peu et tomba à genoux. Tenant son précieux engin endolori dans ses mains, le malabar n’offrit aucune défense au coup de pied sur le côté de la tête. L’agresseur de l’ange et du monstre sombra dans l’inconscience. Les êtres à la réputation douteuse venaient d’apprendre une dure leçon. Il ne faut jamais troubler l’eau qui dort. Car on ne sait jamais quel monstre dort au fond.

Se tournant à la recherche de l’ange invisible, Robert ne la vit pas . Sans le savoir, l’être monstrueux se couvert d’un manteau d’assurance et de calme. Le protecteur dit alors tout bas, presque en chuchotant.

Robert- Je suis désolé… Euh… Je ne voulais pas qu’ils te font du mal… Euh… Je ne suis pas un monstre tu sais… Euh…

Le sang continuait de s’écouler goutte par goutte du bras de l’ange déchu. Il ressemblait à un guerrier immortel, triomphal au milieu de ses victimes inconsciente mais vivante.
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Mar 20 Déc - 15:29
Malou s'ébroua.
L'heure n'était plus aux divagations romantiques, la rixe prenait forme et l'altercation virait au sordide même si elle avait la vague sensation d'avoir vécu bien pire.
Les deux Pieds Nickelés ivres morts, bien que vacillant dangereusement sur leur jambes péroraient et tenaient tête à la Force de la Nature qui s'élevait devant eux comme s'il s'agissait d'un simple quidam inoffensif.

Et voilà qu'en plus, ils sortaient l'attirail de guerre !
Malou faillit partir d'un grand éclat de rire. Sautillants sur leurs guibolles ramollies par l'alcool l'un tentait d'intimider le Guerrier de Légende avec un poing Américain tandis que l'autre extirpait gauchement une vulgaire latte de bois des poubelles en faisant des moulinets sous le nez du colosse qui commençait à fulminer.
Comme elle le comprenait !
Si elle avait été un tant soit peu armée, cela aurait fait belle lurette qu'elles les aurait salement amochés et laissés sur le carreau; qu'elle leur aurait aplati le crâne comme une crêpe à la crème chantilly et coulis de tomate, leur aurait cassé les tibias d'un coup bien senti et arraché...

D'où lui venaient ces idées de violence extrême ? N'était-elle pas un ange ? Ne devait-elle pas détourner le regard avec un air contrit de sainte accablée par les bassesses de ce monde ?
« Mon cul l'ange ! » songea t-elle tout en suivant le moindre geste des trois belligérants, « simple légitime défense, faudrait pas déconner quand-même ! »

N'empêche qu'elle avait beau faire son Mickey bien planquée dans son invisibilité, elle n'en menait pas large car le Grand Homme n'avait pas l'air de vouloir se battre outre mesure malgré les propos injurieux que les deux soiffards vomissaient comme la bile de leur foie pourri par la cirrhose.
Pour comble, il leur annonçait même ne pas vouloir leur faire de mal et les priait de s'en aller bien gentiment.
« Ben voyons ! Pour qu'ils aillent agresser une autre nana sans défense ? » fulmina t-elle intérieurement
Impatiente, elle était à deux doigts d'intervenir quand soudain le regard du Héros changea du tout au tout.
« Pas trop tôt ! » s'exclama t-elle mentalement en comptant les pains qui pleuvaient.
« Vache... Il n'y va pas de main morte pour un pacifiste, le mec... » conclut-elle quand le dernier coup de pied fit dodeliner la tête du gus désormais plongé dans les ténèbres d'un coma bien mérité.

A présent l'Homme au Corps Sculptural avait retrouvé le calme et ses yeux, semblables à deux lacs d'eau pure issue de la fonte des neiges d'une montagne sacrée la cherchait sans la voir.
Cette sérénité eut le don de gommer les pensées agressives de la jeune fille lors du combat et, comme inspirée par une voix divine elle lui répondit après s'être matérialisée, sinon il n'aurait pas entendu:
Ne t'inquiète pas, tu n'es pas un monstre, tu as juste mis un peu d'ordre dans ce chaos. Si j'avais pu, j'en aurais fait autant.
Et tandis qu'elle le dévisageait avec insistance elle continua:
« Tout ange est terrible... Car tout près de la mort on ne voit plus la mort mais au-delà, avec le grand regard de l'animal, peut-être. » *

reprenant ses esprits, elle balaya du regard les bâtisses alentours.
Le raffut provoqué par la bagarre avait alerté le voisinage et une paire de visages mi anxieux, mi curieux s'encadraient dans quelques fenêtres entrouvertes.
Viens ! Lui ordonna t-elle doucement mais fermement faisons quelques pas dans cette autre rue nous seront plus tranquilles.


Sans attendre, certainement persuadée que l'Homme à la Beauté hors du commun lui obéirait, elle enchaîna confiante:
Je m'appelle Malou, je suis un ange et j'ai une mission ici-bas. Si j'échoue je serai déchue... Et toi ?
Demanda t-elle en levant vers lui des yeux dans lesquels un amour sans condition perçait déjà par delà la froideur des iris.

* in « Elégies pour Duino » de R.M. Rilke.
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Mer 21 Déc - 17:53
La bête monstrueuse était désemparée. Perdu dans ce maelström de violence qui avait soufflé de ses attaques dévastatrices. L’ange, l’âme de pureté aveuglante et innocente pure, devait avoir fui loin de ce combat épouvantable. Le martyre aurait voulu la rassuré, lui démontrer sa candeur et sa gentillesse lover au tréfonds de ce corps ingrat et couvert de scarifications. Il avait choisi ce réceptacle tout droit sorti de l’imaginaire d’un savant fou, comparable à la lie de l’humanité. Mais cette enveloppe charnelle était constituée de muscles robustes et d’une résilience formidable à la douleur. Des atouts pour un être trois fois maudits par Dieu et donc son unique but dans l’existence sont de soulager les maux des gens de bien qui le laissaient s’approcher.

Mais que valait vraiment le pouvoir extraordinaire de guérison, d’encaisser les souffrances des gens, quand le colosse immonde ne pouvait rien pour sa fille? Sandra se mourait à petit feu, elle le fruit de l’amour et la passion entre un être céleste d’une puissance comparable à Saint-Michel et une simple mortelle. C’était increvable, inadmissible pour l’esprit lent et pathétique de la gargouille à peine sculpté. Si l’ange déchu pouvait prendre sa place sous la faux impitoyable de la Faucheuse à la place de la jeune enfant, la bête de foire le ferait avec le sourire. Son cœur immense et balafré, rempli d’amour et de candeur, résonnerait une dernière fois dans son torse boursoufflé de muscle. Son âme immatérielle, pure et douce, n’aurait pas de cesse de se morfondre aussi longtemps que sa fille, la prunelle de ses yeux, sera dans ce coma léthargique. Cette prison de chair mourante en quelque sorte.

Ma une voix douce, aérienne et sublime caressa l’ouïe fatiguer de la chose. Avec une certaine tendresse, une caresse imaginaire pour son âme en berne, la symphonie de beauté auditive ramena l’esprit égaré du déchu sur terre. Dans cette ruelle où deux hommes, intoxiqués par l’alcool et aux pensées mauvaises, étaient évanouis. Lieu où se trouvaient deux âmes d’une pureté aveuglante, angélique, qui se rencontrait pour la première fois. Bobby tourna sa tête un peu dans la direction que le souffle d’air divin, aux envolé lyriques qui était pour lui véritable chœur céleste, et un immense sourire s’afficha sur les traits atypiques de son horrible faciès. Son âme pulsait, scintillait et illuminait en diapason avec la réapparition de l’être de lumière. Pendant une fraction de seconde, un battement de cœur, l’homme grotesque fut remplacer par l’ange guerrier d’autrefois. Figure céleste d’une grande puissance, d’une magnificence beauté et d’une candeur surnaturelle. Mais la situation fut brève, presque une illusion d’optique. Une sorte de poème, un enchantement pour le regard et l’ouïe, annonça l’arrivée complète de l’être de lumière. Le géant couvert de cicatrice fut bluffé, figé comme une statue de sel.

La forme charnelle pouvait sembler un peu décevante pour les regards ordinaires, ceux qui savourent la beauté physique. La jeune femme rachitique, aux formes féminines quelque peu définies, n’était aucunement une finaliste des concours de beauté contemporains. Une bouche aux lèvres presque transparentes, les traits du visage atypique. Mais pour le colosse à l’allure de monstre, le physique importait si peu. Il ne voyait que l’âme flamboyante, énergisante et sublime de l’ange. De la douceur de son regard d’azur qui semblait se mélanger à merveille dans ceux océaniques et remplis de gentillesse de son vis-à-vis. Une sorte de flottement, poussée agréable et céleste, fit battre son cœur plus vite. Mais il calma ses sens, cette poussée euphorique qui le gagnait. Étant déchu, il ne pourrait jamais être aimé par un véritable ange. Elle ne pourrait que se brûler ses ailes sur sa laideur et sa déchéance. La voix, enchanteresse et envoutante, exhorta le déchu ahuri de faire quelques pas loin cette scène désolante, de cette atmosphère ou planait senteur de vomi et violence inutile. Calquant son pas démesuré et chaloupant sur ceux de la jeune femme, le golem de chair l’escorta loin de cette horreur.

Le mouvement de la dénommée Malou semblait n’être que du vif-argent. Une grâce, une fluidité angélique trahissaient le moindre balancement de hanche et chaque pas de l’être de lumière. En émergeant de la ruelle, le géant replongeant son regard dans les yeux de la jeune femme. Pour lui c’était comme un avant-goût du paradis qu’il avait connu autrefois. Elle pouvait lire aisément dans le regard du monstre de foire, la douceur, la gentillesse, la candeur et surtout l’affection qui semblait naître dans son regard, son âme elle-même. Prenant une grande respiration, le chainon manquant fit naître sa voix rocailleuse, déplaisante.

Robert- Merci de ne pas dire que je suis un monstre Malou… Euh… Moi c’est Robert ou Bobby. J’ai combattu, depuis trop longtemps déjà tu sais… Euh… Fatigué de propager la mort et la souffrance… Euh… Mais la violence semble me suivre un peu trop.

Regardant ses mains immenses et rugueuses, l’erreur de la nature les vit recouvertes de quelques gouttes sanglantes. Rappelle des actes répréhensibles qu’il avait dû se soumettre un peu plus tôt. Frénétiquement, l’homme difforme s’essuya ses mains corrompues sur son pantalon noir.

Robert- Je ne voulais pas qu’ils te fassent du mal, tu sais… Euh… Se battre n’emmène que plus de chaos dans ce monde fou tu sais… Euh… Acte de bonté et de gentillesse illumine le monde comme ton sourire… EUH.

Une rougeur excessive, visible surement par Dieu lui-même, gagnant les joues mal rasées du mastodonte. Gêné comme pas un, il n’essaya de changer de sujet pour éviter un immense malaise. Autant pour lui que pour l’ange d’innocence à ses côtés.

Robert- Euh… Ce que tu as dit en revenant dans le monde tout à l’heure? C’était très beau… Euh… Mais ça s’applique pas juste à l’ange, tu sais… Euh… Lycan, démon, vampire, humain et autres créatures deviennent bestiaux quand la mort rôde… Euh… On voit ce qu’on va perdre au même moment que notre vie et c’est ce qui nous pousse à combattre de cette manière.

Étant un ancien guerrier céleste, un gardien du paradis et une terreur pour les ennemies du tout puissant, le géant à l’armure de chair rapiécée était très bien placé pour parler. Soupirant de nouveau, le golem de chair rajouta alors.

Robert- Tu ne devrais pas dire à tout le monde que tu es un ange… Euh… Même si ça se voit pour moi… Euh… Il y a des démons, des êtres méchants cachés partout.

Nouvelle inspiration qui fit gonfler son torse formidable. Bobby se jeta à l’eau devant la franchise de Malou. Il parla donc avec sincérité et douceur.

Robert- Je suis déchu tu sais… Euh… J’ai failli à une tâche simple pour accomplir le merveilleux… Euh… Maintenant je vais surement échouer, à nouveau pour n’avoir pas su protéger une âme innocente de la mort tu sais… Euh… N’échoue pas OK?


Revoyant sa fille, qu’il disait sa nièce pour la protéger, souffrir autant en silence! Rosalie accepta la mort pour sauvegarder l’ange déchu et le fruit de leur amour fit naître une multitude de cristaux liquides et salés des océans de mélancolie de ses yeux. Une tristesse pensante, aussi lourde que la terre elle-même, fit ployer les formidables épaules de l’être indigne de se trouver si près d’une élue divine.
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Jeu 22 Déc - 15:20
Les minutes et les secondes n'étaient peut-être pas les mêmes pour les anges que pour les humains, qui savait ?
Toujours est-il qu'en l'espace de peu de temps Malou avait pu lire sur le visage de l'Homme extraordinaire tout un éventail d'émotions comme dans un livre ouvert.

D'abord, une tristesse sans fond, une affliction sans borne avait assombri son regard d'airain dès la fin du combat puis une ombre comme la mort avait frôlé de son aile obscure la béatitude de ces deux lacs, provoquant un mouvement comme les grandes longueurs d'ondes précédant les raz-de-marée.
Comme elle aurait aimé caresser du bout des doigts ces joues viriles afin qu'elle ne se creusent jamais en une vallée de larmes mais il ne fallait pas; ce mouvement de douceur aurait été trop dangereux pour sa mission alors elle avait parlé et les rides s'étaient effacées du Grand Front pour laisser place à un sourire radieux qui illumina de beauté l'Être tout entier.

Le flash incongru d'une vieille moto garée à côté d'une ambulance en pleine forêt la secoua de sa torpeur et tandis qu'elle avançait elle s'aperçut que le Héros la détaillait de pied en cape.
S'arrachant à contre coeur du regard hypnotique du Personnage hors du commun, elle baissa la tête honteuse.
Que lui avait-il prit de rêver ainsi comme une midinette alors qu'elle était laide comme un pou et maigre comme un prisonnier de camp de concentration ? À quoi voulait-elle prétendre ? « l'homme de sa vie » de la mission ne pouvait pas être ce Dieu lumineux dans la force de l'âge mais bien plutôt un gringalet comme elle, le visage encore couvert d'acnée, aux lèvres boudeuses dénonçant la crise d'adolescence pas encore tout à fait enterrée.

Pourtant, loin de tenir rigueur à son physique ingrat, l'Être d'exception continuait de l'observer comme si elle était la septième merveille du monde, plongeant de temps à autre son regard d'azur dans celui métallique et trop pétillant de la jeune fille.
Cela eut le don de la désarçonner tandis qu'une vague de chaleur envahissait son corps au point que son coeur se mit à cogner fort dans sa maigre poitrine tel un oisillon cherchant à sortir de l'oeuf.
« Il ne faut pas, il n'est pas l'élu... C'est trop imprudent, écarte toi de lui ! » songeait-elle au supplice alors que toute son âme se tendait vers le Colosse magnifique.

Comme pour la sauver de son malaise, l'Admirable ouvrit la bouche et se présenta avec une voix digne des grands maîtres du blues; grave, profonde, éraillée juste ce qu'il fallait pour donner une dimension toute humaine à ce qui semblait provenir du divin.
Mais les propos, accompagnés par cette main ensanglantée, essuyée sur le pantalon du Géant semèrent le doute dans l'esprit un peu trop brut de Malou.
Ecarquillant les yeux, effrayée par ce quelle venait d'entendre à propos de combats semant la mort et la souffrance, le regard collé sur la plaie béante, elle bafouilla en murmurant, la gorge nouée:
Tu... Tu as tué quelqu'un avant de venir ici ? … Tu as tué beaucoup de monde ?

L'angoisse grandissait car plutôt que répondre à sa question l'Homme avait continué sur sa lancée, vantant les mérites de la bonté et de son sourire en réponse au chaos au point qu'elle n'y comprenait plus rien.
Se pouvait-il qu'elle se soit trompée ? que l'Individu hors norme ne soit finalement qu'un être démoniaque cachant sous des aspects gentils une soif inassouvie de guerres, de sang et de mort ?
Elle n'arrivait pas à y croire, il fallait absolument qu'elle en sache davantage au plus vite !

La Brute Epaisse ne paraissait pas se soucier de son effroi soudain et, rougissant de honte, continuait son monologue en mettant les anges et les espèces maléfiques dans le même panier, se méprenant sur le « grand regard de l'animal » au point de laisser croire que les bêtes pouvaient être aussi mauvaises que les humains !
L'Ogre venait de se trahir de la plus misérable manière; comme elle avait été stupide de l'imaginer incarnant le Bonheur Absolu ou l'Amour sans Limite.
Se redressant de toute sa hauteur très relative elle ne put s'empêcher de lancer tel un coup de fouet une phrase perfide, comme par vengeance de l'avoir trompée d'aussi vile manière:
se battre engendre davantage de chaos au chaos et pourtant tu n'as pas hésité à le faire malgré l'invisibilité qui me protégeait de leurs yeux d'humains aveugles !!!
que cherches-tu avec tes leçons de morale à la noix et qui es-tu en Vérité à part un écrabouilleur de corps ?

C'était bien lancé ! C'était du Malou tout craché brut de décoffrage et elle s'apprêtait à savourer fièrement la saloperie que venait de distiller sa bouche angélique quand un événement imprévisible la laissa pantelante:
il avait été un ange...
Il avait été un ange et il avait failli à sa mission.
Il avait été un ange, il avait échoué et subissait aujourd'hui la Grande Colère de Dieu...

Horrifiée par cette tragique révélation son regard se métamorphosa jusqu'à prendre l'éclat de la Pure Pitié. Il n'existait rien de plus terrible, de plus épouvantable, de plus abominable que la Déchéance Céleste, s'abattant de la Main même du Créateur, sur vos épaules redevenues mortelles et misérables.

Le Grand Homme tout à coup voûté tel un Atlas des temps modernes, pleurait à présent. Le barrage était rompu et les lacs sereins déversaient le trop plein de douleurs longtemps accumulé dans le vase immense.
Elle ne comprenait plus rien mais l'incarnation de l'ange de l'Amour qui était en elle l'aiguillonna d'une impulsion nouvelle: le besoin irrésistible de consoler et d'apaiser la souffrance de l'être en disgrâce effondré face à elle.

Lentement, sans peur, au risque de provoquer un trouble en son coeur tel qu'elle en commettrait peut-être l'irréparable, elle leva ses mains vers le Visage des Mille Tourments et effleura les joues viriles qui connaissaient la vallée de larmes comme personne. Puis, pensant que ce frôlement d'aile était peut-être insuffisant à gommer pareil chagrin surhumain, elle caressa cette peau avec une douceur indescriptible tout en murmurant:
raconte-moi. Raconte-moi ton histoire; s'il te plait...

A cet instant, elle ne savait pas encore que le Don faisait son effet; que l'Homme, arraché en force de la Lumière vers les Ténèbres ressentait un apaisement sans limite, un Amour Parfait, universel qui envahissait toutes les fibres de son être et inondait de bonheur son âme endolorie.
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Ven 23 Déc - 15:20
Le cœur en lambeau de l’ange déchu, de l’être ignoble et cauchemar que fut lacérer par la réplique acérer et perfide de l’ange miniature. Comme à chaque fois que la gargouille au visage monstrueux à peine sculpté venait à rencontrer des gens, ceux-ci le rejeté à la seconde. Jugeant sans connaître l’ancien être de lumière qui avait su garder sa candeur, sa gentillesse et son humanité si grande et surnaturelle intactes. Les dernières paroles de l’homme difforme aux mains sanglantes furent étouffées par un serrement de gorge si prononcé, si douloureux qu’il crut à cet instant que son âme si pure venait de se fissurer. L’abattement et la souffrance ravageaient la totalité du monstre de foire. Un peu comme un incendie allumé par une main égoïste et cupide dans une forêt si belle et luxuriante. Juste une attaque de plus contre l’erreur de la nature. Ce ne sera pas la dernière hélas. Robert aurait pu se construire un réceptacle, une enveloppe charnelle sublime et attirante. Ou bien le contraire une figure anonyme dans une mer de visage indifférent. Mais il avait choisi cette montagne de muscle, serpenté de cicatrices et aux traits atypiques, car cette silhouette était en diapason avec ce qu’il croyait être. Un être misérable, laid aux yeux de son Créateur, car il avait éprouvé un amour sans borne, sans tabou pour une mortelle d’exception. Il était maintenant un paria, une aberration à moitié humaine et à moitié créature. Bobby avait pu garder un soupçon de grâce divine, don du martyr qui lui allait parfaitement comme un gant. Les épaules du golem de chair avaient ployé plus d’une fois sous l’assaut des regards effrayés et hostiles de la population. La pénombre était maintenant sa seule maitresse, elle qui l’accueillait dans ses bras d’ombres pour le soustraire à la haine de ce monde chaotique. Mais sous les railleries, la langue de vipère de l’ange minuscule à ces côtés, les digues de ses paupières ne purent retenir toute cette tristesse et cette souffrance qu’il transportait en son for intérieur. Des rigoles d’amertumes, de résignation et de honte dégringolaient des océans de bonté de ses yeux. Se recroquevillant de souffrance et de remords d’avoir espérer un moindre manque de sympathie d’un être céleste qui devait rire maintenant de sa déchéance divine, Robert fit un pas pour s’éloigner. Un autre pas chaloupant, gauche devait l’emmener loin de l’aura de perfection de l’être de lumière. Bientôt il ne serait qu’un mauvais souvenir pour l’ange. Sa voix rocailleuse, miteuse et tremblante de sanglots fit une dernière parole pour les oreilles de l’âme la plus lumineuse que son regard indigne avait pu contempler depuis des millénaires.

Robert- Je suis désolé d’être là… Euh… D’être un monstre… Euh… Je ne vais plus te déranger. Je voulais pas me battre… Euh… Mais les hommes étaient possédés et voulaient souiller ton âme immortelle… Euh… Fais attention à toi.

Des voluptés noirâtres venaient de surgir des tréfonds de la ruelle et passèrent à la vitesse de l’éclair près de l’erreur de la nature et l’ange si merveilleux. Les démons mineurs avaient délaissé leurs corps d’emprunt pour retourner dans les cercles infernaux et ruminer à une vengeance bien méritée. Robert n’osait pas reporter son regard trois fois maudit sur l’âme lumineuse de celle qui venait de la blesser de manière si poignante, si dévastatrice. Il devrait retourner voir Sandra, se placer près du petit corps plongé dans les éternels cauchemars et faire de nouveau office de garde solitaire et taciturne. Se préparer à la fatalité rampante du destin et mourir peu de temps après elle. Car c’était son destin sur cette terre où les rares lueurs d’humanité s’éteignaient l’une après l’autre sous la coupe asphyxiante du mal incarné. Un nouveau pas de la lie du paradis et de l’humanité et il pourra se fondre de nouveau dans les ténèbres, sa seule véritable alliée hors de l’hôpital. Une main immense, couverte des scarifications d’une vie de souffrance et de martyr, écrasa les déluges de tristesses de son âme en naufrage.

Mais une hésitation, un avant-gout céleste le fit arrêter subitement dans son mouvement de repli pathétique. Celle au regard azure, pareil comme la couleur des cieux vus du paradis venait de s’interposer devant le golem de chair en fuite. Robert aurait pu aisément la bousculer pour l’empêcher de psalmodier une nouvelle triade acerbe. Mais la tristesse, la pitié qui pulsait du regard angélique de l’être de lumière empêcha le déchu de faire le moindre mouvement. Elle leva des mains aux doigts longs, graciles comme le permettait son ascendance divine, vers l’horrible faciès du monstre de foire. L’homme difforme resta pétrifier comme si son regard océanique trop doux avait rencontré celui de la méduse. Un effleurement, douceur céleste pour ce corps meurtrie par la charité et la violence, des mains de l’ange de l’amour firent naître un semblant d’apaisement. Et alors que les paumes, semblables à une eau pure dansant sur la dureté de ses joues mal rasées, l’apaisement se transforma en quiétude. C’était comme si le sourire, l’âme et la douceur de Malou venaient de se transformer en soleil flamboyant. Tous les doutes, les peurs, la souffrance et la déchéance de l’homme à l’armure de chair rapiécé venaient de fondre comme neige au soleil. Des images se propulsèrent dans son esprit lent et pathétique. Des scènes si heureuses, si merveilleuses qu’ils les avaient presque oubliés à cause de sa détresse. Sa rencontre avec Rosalie, ses promenades avec Sandra. Sa vie avant de connaître le jugement divin.

Le toucher de l’ange avait réanimé le cœur essoré, lapidé et anéanti de la créature de cauchemar. Un sourire doux, tendre et reflétant la pureté de l’âme remplie de candeur du martyr s’afficha alors sur les lèvres exsangues de Robert. Levant une poigne tremblante, hésitante et gauche, il effleura du bout de l’index la main réconfortante de l’être de lumière. Le déchu ne voulait que cet instant dur pour toujours, pour l’éternité et même au-delà. Mais sa raison lui dicta qu’il souillerait pareil perfection avec son aura monstrueuse. Il laissa retomber sa main et murmura alors avec une affection qui n’aurait pas dû se retrouver dans ce corps ingrat.

Robert- D’accord… Euh… Je ne pourrais jamais rien te refuser, tu sais… Euh… Au coin il y a un truc de café et gâteau on va s’assoir, car c’est long ma vie tu sais.


Les deux antithèses du paradis se dirigèrent alors vers le coffee shop tout près. Soucieux de ne pas empiéter sur l’aura céleste de l’ange, Bobby se tenait un peu à l’écart. Il ouvrit la porte et les deux personnes s’installèrent sur un banquet au fond de la petite échoppe. Mais avant de s’asseoir pour discuter, Bobby fit un large sourire. Le golem de chair demanda de sa voix rauque, mais dont les mots semblaient être teintés d’une douceur surnaturelle, une simple interrogation.

Robert- Tu veux un café ou un truc à manger Malou ? Euh… Ce sera long, tu sais.

La timide créature eut un service des plus rapides, comme si la caissière voulait absolument enlever de sa vue ce sosie de Frankenstein. En se laissant tomber sur la banquette, après avoir placé le plateau sur la table, le colosse laid comme le péché plongea son regard dans celui de l’ange. Mer et ciel semblaient être dans une valse sublime, compatible et merveilleuse. Un peu comme si leurs yeux se mélangeant dans un tourbillon de douceur céleste et qui pourrait rendre jaloux le créateur de toute chose devant la magnificence de la couleur produite. Soupirant avec lenteur, les deux mains immenses de la chose se refermèrent sur la tasse de café brulant. La plaie à son bras avait cessé de saigner. Voyant le regard inquiet de l’ange de l’innocence et de l’amour sur sa répugnance, le géant expliqua la cause.

Robert- Depuis que je suis tombé d’en haut, j’ai jamais tué tu sais… Euh… La seule parcelle de grâce qui me reste est de prendre la maladie et les blessures des gens de bien… Euh… Je guéris vite et si j’aide je suis heureux… Euh… Un monsieur avant qu’on se voit avait mal au bras, alors je lui ai pris sa blessure.

Un sourire timide, affectueux et d’une candeur extraordinaire s’imprima dans l’horrible faciès de la bête de foire. Voyant que la caissière s’était éclipsée dans la cuisine, repoussée par la laideur de l’homme difforme, Bobby se permit de parler un peu plus.

Robert- Avant d’être martyr, j’étais un guerrier de St-Michel… Euh… J’ai combattu, longtemps tu sais… Euh… J’étais même ami avec Lucifer avant qu’il tombe… Euh… Je l’ai combattu aussi… Euh… Vu trop d’horreur et de morts… Euh… Décider de guérir et aussi de faire le bien… Euh… Tu veux que je te raconte quoi au juste? Cerveau pas bon et j’oublie souvent tu sais Malou.

Un sourire niais, mais sincère et bienveillant repoussa les traits grotesques et atypiques de l’ange déchu.
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Sam 24 Déc - 10:24
Comme elle regrettait à présent ses mauvais propos.
L'Homme était effondré de chagrin au point qu'il avait voulu fuir en bredouillant des excuses auxquelles elle n'avait même pas pu répondre tant l'enjambée du Colosse était grande et promettait de le voir disparaître au coin de la rue en moins de temps qu'il n'en fallait pour le dire.

Courant presque, paniquée, elle avait tout de même réussi à le rejoindre et avait posé d'abord le bout des doigts sur les joues douces et rugueuses à la fois du Géant encore tout recroquevillé de douleur.
C'est alors que le miracle du Pouvoir Divin se produisit. L'âme en peine se métamorphosa doucement, teintant le regard de l'Admirable d'une douceur toute particulière.
Avec émotion, se rappelant tout à coup les dernières paroles du Dieu au nom imprononçable à propos de l'Ange N°56 nommé Poyel et du Don pour autrui qui allait avec, elle s'était enhardie et avait posé les deux mains sur ce visage qu'elle chérissait déjà avant de lui offrir une série de longues caresses apaisantes.
Tous les sentiments de bonheur, de quiétude et d'amour déferlèrent d'un coup sur le faciès gigantesque car Malou ne savait pas encore qu'en se concentrant, il lui était possible de contrôler ce Talent afin d'offrir au partenaire la sensation de son choix.

Un sourire d'une tendresse incroyable inonda l'Etre tout entier qui semblait briller de perfection et l'index de l'Homme se posa sur main.
A ce contact la jeune fille fut parcourue d'un frisson proche de la décharge électrique. Elle n'avait plus qu'une envie, poser sa tête sur ce grand torse chaud et réconfortant puis le désir fou d'approcher ses lèvres de celles charnues, douces et légèrement humides de l'Homme s'imposa avec insistance.
Mais le doigt s'éloignait déjà tandis que le corps formidable se redressait.
Trop petite, Malou avait senti ses mains glisser vers le néant, l'enchantement était rompu.

Avec effarement mêlé d'une profonde tristesse l'ange en mission entrevoyait ce qui s'imposait comme une évidence: elle était en train de tomber amoureuse de cet Homme. Elle avait beau avoir perdu la mémoire de toutes choses, elle savait tout de même reconnaître ce genre de sentiment et, en se dirigeant vers le coffee shop, Malou faisait l'effort surhumain de ne pas marcher trop prêt de celui qui de toutes façons prenait un soin particulier à s'écarter d'elle.
Avait-il deviné ?
Savait-il qu'il était impossible que « l'homme-de-sa-vie-de-la-mission » put être lui ?
Pire, avait-il déjà jugé qu'elle n'était pas digne d'un Etre aussi extraordinaire que lui, elle, le minuscule ange même pas beau, à peine aimable et inexpérimenté ?

Pourquoi fallait-il que la vie soit toujours aussi difficile et injuste à vous mettre des bâtons dans les roues plutôt que d'offrir le bonheur ?
Pourquoi avait-il fallu que son coeur se mette à battre la chamade pour Celui qu'il ne fallait pas aimer, envers celui qui incarnait la perfection mais aussi l'amour impossible, hors d'atteinte...
« POURQUOI ? », hurla t-elle mentalement au paroxysme de la douleur.

S'asseyant face à lui sur une banquette en retrait, Malou avait commandé - à la serveuse impatiente de s'éclipser comme si elle pressentait la tragédie digne de Roméo et Juliette qui se déroulait sous ses yeux – un thé accompagné de deux parts de gâteau aux pommes de Lommedalen.
Elle en tendit une à celui qu'il ne fallait pas aimer et entama la sienne avec délice ce qui était des plus surprenant.
Elle qui passait son temps à éviter de manger jusqu'en perdre ses menstruations afin de ne surtout pas ressembler aux adultes ressentait, face à cet homme, le besoin impérieux de se nourrir afin de retrouver des formes féminines dignes de ce nom.

Elle l'avait laissé parler jusqu'au bout, la mâchoire inférieure tombant un peu plus de surprise et d'admiration à chaque mot prononcé, à chaque information révélée, tremblante d'émoi au moindre sourire esquissé.
Il avait dit que ce serait long mais ce ne le fut pas.
Le soupçonnant de ne pas tout raconter, elle n'osa toutefois pas lui demander des précisions par crainte d'indiscrétion.
Pourtant, elle tenait à être franche avec celui qui avait jadis été un des plus fameux Anges composant la lignée de ceux qui avaient le privilège de se tenir à la droite de Dieu.
Après un temps de silence, elle prit une profonde inspiration et se lança:
je ne t'ai jamais pris pour un monstre, même avant de connaître ton histoire, bien au contraire !
je t'ai tout de suite trouvé très beau, très... Attirant.

Laissant tomber cette dernière impression comme à regret, elle poursuivit:
Seulement je ne te connaissait pas et j'ai été prise de méfiance.
Je pense que tu peux comprendre cela ?
Tu vois comme je suis ? Toute petite, toute maigre, sans muscles, sans défenses; j'ai besoin de me protéger.

Je ne connais pas ce monde ou disons plutôt, pour être précise, j'ai tout oublié...
Je me suis réveillée ce matin dans le camping-car que tu as vu, garé sur le parking, la tête envahie d'un brouillard qui ne s'est pas levé depuis, j'ai aperçu ces deux pochards puis toi, c'est tout.
C'est tout ce qui reste de ma vie... C'est à peine si je sais qui je suis et je n'ai même plus l'image de ma propre mère à l'esprit.
Tu comprends ?
Murmura t-elle en posant sa main sur le bras velu de celui qui hélas faisait trop battre son coeur.

A nouveau, un maelström de sensations positives et désarmantes envahirent le Colosse d'autant que, sans qu'elle le veuille vraiment, sa main caressait, triturait ce membre si doux avec l'impression de choyer un nounours en peluche comme les toutes petites filles.
Je t'appellerai Nounours, laissa tomber de but en blanc tandis que le flash d'une petite robe noire posée négligemment sur un lit faisait son apparition.

L'Homme souriait toujours. Comme il était splendide...
Incapable de détacher les yeux des siens, la pulsion, ce désir interdit de l'embrasser refit son apparition.
« Il faut que je parte, que m'éloigne de Lui au plus vite, c'est trop dangereux, je ne vais pas savoir résister et je serai déchue ».
Au supplice, retirant sa main qu'elle aurait adoré laisser vagabonder, elle s'empressa de vider sa tasse d'une traite mais plutôt que prendre les jambes à son cou, démarrer son camion et partir le plus loin possible de l'Adoré qu'il ne fallait pas aimer, elle resta là, immobile sur son siège à attendre elle ne savait trop quoi.
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Mer 28 Déc - 12:23
Le monstre de foire, l’être indigne qui avait connu autrefois la chaleur de la grâce divine, ferma sa bouche immonde dotée de lèvres exsangues. Dans la prairie infertile de ses pensées disparates qui s’envolaient au gré des vents désertiques, le simplet essayait de rattraper les parcelles de ses souvenirs. Il avait promis à l’être de lumière de tout lui raconter, d’expliquer le pourquoi de sa condition transitoire entre le paradis et la mortalité. C’est alors qu’une envolée lyrique, annonciatrice des cors du paradis et de la lumière purificatrice, s’éleva de la bouche sublime de l’ange. Des paroles douces, salvatrices, agréables et remplies d’une compassion que peu de gens témoignaient envers la lie de l’humanité que le géant était trop souvent associé. Un sourire lumineux, pâle reflet de toute la bienveillance et la candeur caché au tréfonds de l’armure de chair rapiécée, se déposa avec tendresse sur les lèvres de la chose. Les yeux océaniques de l’homme difforme s’agrandirent de surprise, d’hébétement même, alors de la belle venait de murmurer la bête de foire. Elle qui avait contemplé le visage de Dieu, de sa légion d’êtres de lumière d’une beauté époustouflante et céleste, aimait la laideur absolue de ce corps repoussant. De cet amas de muscles disproportionnés et de ce visage digne d’une gargouille à peine sculptée trônant au plus haut de Notre-Dame. Mais l’effet de surprise s’estompa alors, engloutit par l’afflux massif d’information que l’émissaire sublime du ciel à l’âme flamboyante. Robert le martyr, anciennement le puissant Romulus l’ange vengeur que même Lucifer craignait, ne pouvait que hocher sa tête en forme d’œuf en signe de compréhension. Il approuvait parfaitement les points apportés par le petit ange à la force de caractère si immense.

Et alors l’impassable se produisit. Une petite main, douce comme la soie et d’une grâce céleste, se déposa alors sur l’avant-bras velu et couvert de stigmates du colosse balafré de toute part. Les longs doigts de l’être de lumière serpentaient les sillons d’une vie de souffrance, filtrait avec les poils. L’ange déchu, rejeter par les siens à cause de l’amour, sentit alors un battement de cœur se perdre dans la déferlante de l’affection qu’il venait d’être noyer. L’âme en perdition reçut alors l’équivalent d’une douche d’eau pure des montagnes. Revigorante, caressant les courbes de son aura trois fois maudites par Dieu lui-même. La bête put ressentir la douce caresse d’un soleil étincelant et divin qu’il avait cru perdre en même temps qu’on lui arrachait ses ailes majestueuses. Il était en béatitude, le cœur ayant enfin un sursis, une pause de ce monde chaotique et débordant de souffrances. De ces regards effrayés, replis de dégouts et d’une violence latente. Malorie semblait à l’œil apaisant d’un cyclone, protégeant la lie de l’humanité des sentiments négatifs et arrache-cœur qu’il subissait depuis sa déchéance.

Mais le contact cessa abruptement, ouvrant le regard océanique de la bête de foire. Robert avait fermé les paupières pour savourer pleinement ce contact privilégié, cette douceur angélique. Un sourire de gratitude, d’affection et même de tendresse. Les reflets de l’océan calme et paisible, annonciatrice de l’âme pure et débordant de gentillesse, se focalisèrent dans ceux d’azurs célestes de Malorie. La voix rauque, semblable à deux pierres qui s’entrechoquent, s’éleva avec une douceur et poussée par la sincérité.

Robert- D’accord je serais ton nounours… Euh… Je comprends tout ce que tu dis… Euh… Je ne voulais pas corrompre ton âme si pure, avec ma déchéance tu sais.

Avalant sa salive, comprenant tout à coup qu’il n’était qu’une épine dans son flanc de sa silhouette céleste, l’homme difforme soupira lentement.

Robert- Je te connais depuis peu… Euh… Et je sais que tu es un être à part… Euh… Pas grande et pas forte physiquement, mais doté d’une gentillesse et d’une brillance que j’ai rarement vu chez les autres anges… Euh… Tu as la volonté et le courage d’assumer tes actes… Euh… Tiens tu es comme un chaton… Euh… Tu es petite, mais débordante de vie… Euh… Tu peux tout accomplir je le sens… Euh… Tu as un desideratum aveuglant.


Prenant un crayon de la poche de l’armure de coton, mince protection des gens pour éviter de voir la laideur de ce corps repoussant, Bobby écrivit une adresse et un numéro de téléphone. Poussant la serviette de papier vers l’ange a l’aura aveuglante, le golem de chair n’était que candeur et bienveillance.

Robert- Voilà mes trucs pour me rejoindre… Euh… Tu as peu de choses dans ce monde et pleines de découverte à faire… Euh… Mais je serais là pour toi… Euh… Si je ne suis pas au chalet, je suis à l’hôpital pour essayer de soulager les gens… Euh… Prendre leur maladie pour les guérir.

Pour apporter un support physique et surtout un apaisement, la grosse main couverte de cicatrice de l’être indigne engloba celle de l’ange de l’amour. Une chaleur douceâtre, presque électrique, se transmit alors de l’âme pure du colosse vers celle, immortelle et merveilleuse de la jeune femme.

Robert- Tu n’es plus seule au monde… Euh… Je serais là pour t’aider, tu sais… Euh… Tu vas réussir ta mission et garder tes ailes… Euh… J’ai foi en toi.

Faisant rouler son pouce ignoble sur le satin angélique du dos de la main de l’être d’exception, l’ange déchu aurait tout donné pour que cet instant reste figé dans le temps. Habituellement les anges rejetaient du revers de la main les déchues, ceux qui avaient failli au regard de Dieu. Mais Malorie était l’exception qui confirmait la règle. Cette rédemption tant promise au cœur saturé de cicatrices de l’être indigne. À cet instant l’ensemble de l'être du géant semblait pulser par sa beauté intérieur. Rejetant au loin la laideur de ce réceptacle affreux.
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Mer 28 Déc - 23:49
Pourquoi faisait-elle preuve d'autant de familiarité avec cet homme d'âge mur qu'elle ne connaissait pas, elle d'habitude si sauvage, presque asociale ?
Cela faisait à peine une heure qu'elle le côtoyait et pourtant elle avait l'impression d'avoir passé plusieurs mois, voire plusieurs années à ses côtés, comme s'il n'y avait presque aucun secret entre eux et pourtant...
Que savait-elle de sa vie hormis ce qu'il avait bien voulu dévoiler ? Rien !
Rien; malgré tout elle venait de l'affubler du petit nom de « Nounours » comme on dénommerait affectueusement un vieil ami de la famille et il avait accepté, naturellement, sans même lever un sourcil d'étonnement, sans la remettre à sa place de petite jeune fille un peu trop délurée.

N'importe quel homme en aurait profité, prenant ses avances pour argent comptant mais Lui, trois fois grand comme elle, fort au point qu'il aurait pu abuser de son corps sur le champs sans qu'elle put pousser le moindre cri d'alerte, la regardait tranquillement avec ses doux yeux de poète, la comparait à un chaton fragile mais vif, aux petites griffes bien acérées et affirmait la connaître au-delà ce qu'elle supposait elle-même de sa médiocre personne.

Tandis qu'il griffonnait sur un morceau de serviette en papier, Malou ne put empêcher un mouvement négatif de la tête.
Non... Articula t-elle péniblement tant elle était émue, je ne suis pas aussi belle ni aussi forte que tu le dis; je ne suis rien.
Elle poussa un soupir et continua:
je ne sais pas vraiment pourquoi je suis ici, ma mission me semble ridicule, inutile et je ne sais même pas me comporter comme un ange; je sens que je raisonne comme un humain, comme si quelque chose avait foiré.
Je me sens terriblement seule mais surtout, je me sens un ange raté, comme si Dieu n'avait pas pris le temps de terminer son travail sur moi...

Levant des yeux implorants vers le Colosse, elle attendit qu'il eut fini d'écrire mais plutôt que lui répondre, il lui tendit le bout de papier sur lequel s'étalaient une adresse et un numéro de téléphone.
Je n'ai même pas de portable !
S'exclama t-elle en riant avant de redevenir songeuse.
Le Héros des Anciennes Sagas Célestes lui faisait confiance au point de dévoiler son lieu de résidence, pourquoi ?
Son rôle en ce bas monde avait-il une importance qu'elle ignorait ? Sa petite mission de rien du tout cachait-elle quelque chose de plus fondamentale que le fait de retrouver un amant, fut-il le meilleur ?
Loin d'être rassurée elle se sentait complètement perdue, déstabilisée au point qu'elle formula comme une prière:
oui, je veux bien que tu m'aides. Je ne comprends pas ce que je dois faire pour autrui. A part retrouver un amoureux dont j'ignore tout, je ne sais pas quel mon travail ici-bas.

L'Homme caressait le dos de sa main et c'était bon.
L'émotion était si forte qu'elle se mit à pleurer en silence avec à nouveau le désir fou de se lover tout contre ce grand torse et de tout oublier; de mourir là, dans ses bras, abandonnant avec délice l'espoir d'immortalité, jetant en pâture à qui voudrait l'attraper sa mission, ses ailes, son âme et ce travail inconnu.
Le flash d'une lame de couteau fit son apparition.
« Oui », se dit-elle, « qu'il plante cette lame dans mon flanc, dans mon crâne, n'importe où et qu'il me délivre de ce fardeau; c'est trop dur d'être un ange, je n'y arriverai jamais... »

Levant à nouveau des yeux baignés de larmes, elle murmura:
s'il te plais aide-moi. Je ne veux pas être un ange, je ne veux pas chercher un ancien amant dont je me fous éperdument; je veux être quelqu'un de normal, tout ce qu'il y a de plus banal et rester avec toi...

Malou craquait à présent et pleurait comme une fontaine. Elle se sentait incapable d'aller chercher ailleurs l'amour alors qu'elle avait devant elle l'adoration. Elle était à deux doigts d'accepter la déchéance pour un baiser du Géant.
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Mer 4 Jan - 14:25
L’ange déchu était désemparé devant le déluge de larmes que l’être de lumière. Il ne voulait pas que l’être céleste, celle dont la grâce divine coulait dans ses veines, soit accablé par un chagrin dévastateur.  La voix musicale  qui caressait l’ouïe de l’être trois fois maudit, comparable aux cors des anges dans le lointain paradis déversa des mots. Des splendeurs d’amour, de tendresse et de sincérité. Quand les sanglots étreignirent la gorge de la muse de Dieu lui-même, Robert laissa à contrecœur la main comparable à du satin de la belle. Sans penser un seul instant à l’acte inconcevable et qui mériterait cent fois la mort par le feu purificateur divin, le déchu se pencha vers l’avant et leva ses mains immenses et rugueuses. Sur celle-ci l’ange en pleur pouvait voir sans peine les réseaux complexes des cicatrices ignobles collecter par le désir de guérir du colosse ou bien la haine des hommes. Tendrement, timidement, mais avec une affection et une pureté certaine, l’erreur de la nature déposa ses paumes indignes sur les joues mouillées de la perle du paradis. Il savait que dans un sens il profanait l’essence, la grâce et la perfection de l’aura sainte que Malou dégageait. Mais le besoin de consoler, d’apporter un peu de chaleur humaine était trop fort pour le golem de chair. Passant ses pouces pour éponger maladroites l’averse qui chutait de l’azures de yeux de l’être de lumière, la voix de l’homme se transforma. C’était une des deux parcelles de pouvoirs divins qu’il avait réussi à rescapée lors de sa chute vertigineuse de l’au-delà.

Fini les hésitations, les tremblements dans la voix. Fini le ton rocailleux et agressant qui ressemblait à s’y méprendre à une avalanche. Un chant s’éleva alors, rempli de pureté et de douceur. Une douce mélopée à la sonorité quasi-parfaite, divine et enchanteresse. Les paroles ressemblaient à un raz-de-marée d’amour et de tendresse. D’humanité et de candeur.  Il eut comme un flottement dans le petit restaurant. Une ellipse dans le temps et l’espace. Une sphère translucide qui englobait la beauté et la laideur. Le déchu et l’envoyée du Paradis. Pendant un bref instant, le monstre de foire avait disparu, laissant place à un homme d’une incroyable beauté. Au sourire à la dentition parfaite et au corps sans aucun défaut. Aux traits du visage taillé à la serpe et au regard océanique toujours aussi grandiose de pureté. C’était toute la beauté intérieure de la lie de l’humanité qui venait de surgir que pour l’être élu de Dieu. Le contact des paumes de Robert, Romulus en fait,  sur la peau de pêche de l’adolescente ressemblait à de l’eau de source fraiche. Revigorante et apaisante. Le chant prit alors fin, les dernières paroles moururent durant leurs ballets aériens. La caissière regardait l’étrange duo complètement hébété, soufflé par le prodige qu’elle avait sous les yeux. La femme avait été charmée par le chant, mais seul l’ange avait vu la  véritable apparence que cachait l’armure de chaire rapiécée et les muscles disproportionnés.

S’apercevant alors de l’acte de trahison qu’il venait de commettre , de la profanation de la perfection même, le géant difforme enleva ses mains. Les posant de nouveau à plat sur la table, Bobby sentit ses joues rougir et lui bruler. La gêne et la timidité de sa condition atroce et de paria divin reviennent en force. Ses yeux bleutés si purs, comparables à deux lacs de montagne calme et serin, n’étaient que candeur et humanité. Sa voix s’éleva alors avec douceur, malgré le ton rauque qu’il était son fardeau quotidien.

Robert- Tu n’es pas rien Malou… Euh… Tu es unique et ta beauté n’est pas que physique… Euh… Les gens qui peuvent voir avec le cœur voient ton âme lumineuse, tu sais… Euh…

Essayant de rattraper le fils de ses pensées, égaré dans les plaines désertiques de son esprit, il plongea  ses yeux dans ceux enivrant et céleste de l’ange. Mer et ciel, force et beauté pouvait décrire la collision de leurs regards.

Robert- Être proche de l’humanité est une qualité pour l’ange tu sais… Euh… Trop des Élus se croient dotés d’une importance trop grande pour eux… Euh… Ils ont l’air d’avoir un balai dans le cul.


Un sourire doux et espiègle venait de faire son apparition sur les lèvres exsangues de la monstruosité.

Robert- Selon moi Dieu a fait de toi un ange, car tu as esprit libre… Euh… Une force intérieure… Euh… Une volonté de fer… Euh… Je crois que tu es bénie… Euh… Toucher les gens les font se sentir bien… Euh… Tu as chassé mes doutes et mes peurs… Euh… Ma honte d’être près d’un être de lumière… Euh… Déchu ne peut s’approcher des anges et sont pourchassé par les démons… Un ange suit la bonté et la bienveillance… Euh.


De nouveau  l’esprit de la chose immonde s’égara un instant dans ses souvenirs. Il avait autrefois suivi cette voie toute tracée, mais ses désirs avaient pris le dessus. Il avait aimé et maintenant il était déchu, mortel et entouré par la haine et le chaos.

Robert- Tu dois retrouver la personne de ta vie… Euh… Et tu vas avoir des occasions d’aider et de faire des choses extraordinaires… Euh… Découvre la vie, les gens et toi-même… Euh… Tu es une personne de bien et de douceur… Euh… Je le sens… Euh… Je serais là pour toi… Euh… Mais promets-moi que tu vas essayer de trouver la personne qui sera digne de toi? De découvrir ton côté céleste et de vivre chaque instant… Euh… Moi je ne suis qu’un obstacle… Euh… Un déchu… Euh… Mais aussi un ami si tu veux.

Regardant la vieille horloge murale, le géant eut alors un soupir résigné, comme si le temps jouait contre lui. Qu’il aurait préféré rester assis sur la banquette à écouter Malou et voir sa beauté farouche et sublime!

Robert- Je dois partir… Euh… Il me reste assez de force pour guérir une personne de bien à l’hôpital… Euh… J’aimerais bien qu’on se revoit… Euh… Si tu veux… Euh… Prendre des nouvelles et savoir si tu réussis ta mission OK?

Sortant une liasse de billets de sa poche, don d'un patient surnaturelle reconnaissant, la créature de cauchemar en tendit une bonne partie vers la jeune femme. Aussi il prit un mouchoir de la poche près de son cœur. Un carré de tissus rouge bien simple.

Robert- Tiens tu vas avoir besoin d'argent... Euh... Essence et tous ça... Euh... Aussi pour aider les gens et te nourrir... Euh... Acheter un portable peut-être... Euh... Et si tu as de la peine, essuie-toi les yeux avec ça... Euh... Comme ça je serais toujours avec toi en pensée.

Le regard océanique du monstre de foire n'était que candeur et gentillesse...
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Jeu 5 Jan - 15:02
Malou pleurait tout en contemplant les grandes mains scarifiées du géant.
Comme il avait dû combattre et comme il avait dû en gagner des guerres divines !
De même qu'il avait certainement allégé la souffrance physique d'un nombre incroyable d'individus et recevoir en retour haine, trahison et estafilades au couteau tant il est vrai que les gens n'aiment pas ceux-là même qui leur font du bien.

Les paumes chaudes et charnues englobaient, caressaient à présent son visage tandis que les pouces essuyaient les larmes.
Ce fut un apaisement comme elle n'en avait jamais reçu, du moins tel que le jugeait sa mémoire vierge de tous souvenirs anciens mais tout à coup, une sorte de voix intérieure profonde, sévère, s'éleva dans son cerveau, lui ordonnant de faire cesser immédiatement ce geste impie ou bien de déclarer haut et fort devant Dieu que le blasphémateur était l'homme de sa mission au risque d'être déchue en cas d'erreur.
Mais la jeune fille ne supportait pas les ordres de même qu'elle n'avait jamais su se plier aux exigences d'une quelconque hiérarchie.
Ange très novice, les travers humains étaient encore fortement présents. La Sagesse se façonnait lentement, au fil du temps, avec courage et persévérance, mots qui ne parlaient encore vraiment à la sauvageonne, c'était le moins qu'on puisse dire !
Fermant les yeux pour que Nounours ne voit pas le changement d'humeur, son sang ne fit qu'un tour et elle entreprit de remettre le Créateur en place à sa façon:
« Va te faire foutre Machin avec tes conneries ! J'enlève ses mains si je veux, ok ? »
Un silence lourd suivit le dialogue mental puis la voix s'éleva à nouveau pour la prévenir qu'elle recevrait sa première Punition Divine sous peu.
« Rien à braire... » Rétorqua t-elle butée.
De quel droit le Grand-Cinglé-Là-Haut, même pas foutu d'apporter la paix dans le monde, laissant les homme se déchirer entre eux sans même lever le petit doigt se permettait-il de lui indiquer ce qu'elle avait à faire et de la punir comme si elle était un petit enfant ?!
Jamais elle n'obéirait à un Mec pareil, plutôt crever, c'était clair !

Tandis qu'elle bouillonnait encore d'une rage contenue, un chant splendide, presque surnaturel s'éleva doucement.
Ouvrant les yeux elle eut l'impression que Bobby s'était métamorphosé. Il semblait lumineux, comme si son immense bonté d'âme avait transfiguré tout son être.
L'ange contenu dans Nounours devait ressembler à cela; magnifique, éclatant de vigueur et de sainteté.
Mais Malou n'aimait pas l'ange; elle aimait le déchu.
Aveuglée par cette lumière trop vive, elle baissa la tête afin d'apprécier le lead et uniquement cela.
Malou restait froide devant ce que l'Adoré avait perdu comme si elle se trouvait face à un étranger. Cette beauté parfaite ne lui parlait pas, ne faisait pas partie de son histoire et il lui tardait de revoir l'homme à la chair rapiécée et aux dents de travers; c'était celui-là qui faisait battre son cœur.

Le chant avait cessé.
Bobby avait enfin repris son apparence et ses mains avaient quitté les joues de la jeune fille pour se poser à plat sur la table.
L'homme semblait mal à l'aise comme s'il avait fait une erreur impardonnable; alors, tant par défi envers Dieu que pour prouver au Géant qu'elle le préférait ainsi avec toutes ses imperfections elle appliqua ses menottes pâles et douces sur les paluches tannées et cicatrisées du Héros.
Puis, se concentrant, elle tenta de lui insuffler un sentiment de plénitude, d'acceptation de soi-même et de sa condition.

Quand il se mit à parler, elle éclata de rire en entendant que certaines créatures, attrapant la grosse tête ne faisaient plus qu'agir avec un balai dans le cul; c'était tellement vrai... Mais elle resta pensive face au reste du discours. Elle n'était pas encore prête à comprendre ce que le Grand Homme tentait de lui enseigner.
Pour elle tout lui semblait paradoxal: bénie parce qu'elle avait l'esprit libre, une volonté de fer et une force intérieure alors qu'elle venait de recevoir un blâme pour ces mêmes raisons ? C'était insensé !
Toutefois, elle n'osa pas le contredire. Quelque chose d'évanescent, furtif comme le léger battement d'une aile invisible dans son crâne lui souffla qu'un jour le voile se lèverait sur ces Mystères. Contrairement à l'autre voix, l'impression fugitive semblait pleine d'amour et de douceur à son égard. Emue, elle baissa les yeux sans pour autant changer d'état d'esprit: Dieu n'était rien d'autre qu'un dictateur débile, orgueilleux, capricieux et cruel au point qu'à en croire Nounours, un déchu n'avait pas le droit de s'approcher d'elle.
«  En quel honneur ? » lança t-elle silencieusement vers Dieu, « c'est ce qu'on verra, je n'ai pas peur de toi ! » et liant la pensée à la parole elle annonça à l'Adoré:
je promets de protéger chaque instant de ta vie, de t'apporter du bonheur et de soulager tes maux. Puisque je suis un ange, je saurai le faire; je n'ai pas besoin d'un pouvoir spécial pour cela et le fait que tu sois déchu n'a aucune importance à mes yeux bien au contraire.
Il te suffira de demander ou de m'appeler par une prière si je ne suis pas en face de toi et j'arriverai dans l'instant.

Elle laissa planer un moment de silence afin que l'Homme intègre bien l'importance ce qu'elle venait de dire car ce n'était pas Malou qui venait de parler mais la divinité qui commençait à naître en elle.
En Vérité je te le dis, tu seras plus qu'un ami... Continua t-elle comme en état second avant de reprendre ses esprits.

Il avait regardé la pendule et avait annoncé qu'il devait la quitter.
Cela avait été prononcé gentiment, poliment mais cela avait été dit clairement: il avait à faire des choses beaucoup plus importantes que parler dans un bistrot avec une jeune fille trop maigre, à peine sortie de l'adolescence.
Elle en ressentit un froid jusqu'aux os, comme si la vie la quittait d'un coup sur ce départ inopiné.
Une panique intérieure la secoua: qu'allait-elle faire sans lui ? Où aller et dans quel intérêt ?
Sans rien laisser paraître de son désarroi elle lui sourit et opina du chef:
oui, nous nous reverrons; quand tu voudras.
Mais voudrait-il vraiment ? Ne serait-elle pas obligée de forcer un peu le destin pour voir et surtout pour savoir si la requête était sincère ?
« Assurément ! » pensa t-elle.

D'une main elle attrapa le petit mouchoir rouge avant de le contempler longuement comme un trésor et repoussa l'argent de l'autre vers son propriétaire en murmurant:
un ange n'a pas besoin de cela pour vivre et au pire, je sais dessiner, je pourrais vendre mes œuvres en cas de besoin.
Quant au téléphone portable..
. Elle se mit à rire doucement et ajouta: comme je te l'ai dit tout à l'heure, tu peux m'appeler de jour comme de nuit par la prière, je t'entendrai !

Repoussant la tasse vide et le gâteau à peine mangé, elle le contempla une dernière fois et attendit quelques instants pour au cas où il aurait une dernière chose à lui dire.
Après, elle se volatiliserait, l'invisibilité lui permettant d'aller d'un lieu à un autre à la vitesse de l'éclair.
Son camping-car ne servirait que pour dormir ou se protéger.
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